Avant de pouvoir parler de résilience, il a fallu la théoriser. C’est notamment ce qu’a fait Primo Levi dans son ouvrage « Si c’est un homme » en constatant le fait suivant : « La faculté qu’a l’homme de se creuser un trou, de sécréter une coquille, de dresser autour de soi une fragile barrière de défense, même dans des circonstances apparemment désespérées, est un phénomène stupéfiant qui demanderait à être étudié de près. Il s’agit là d’un précieux travail d’adaptation, en partie passif et inconscient, en partie actif. »
Ont rapidement suivi de nombreuses définitions de la résilience en matière de psychologie, nous en retiendrons une version humaniste qui nous dit : « La résilience est la capacité d’une personne ou d’un groupe à se développer bien, à continuer à se projeter dans l’avenir, en présence d’événements déstabilisants, de conditions de vie difficiles, de traumatismes parfois sévères » (M. Manciaux et coll., 2001, p17)
A priori, la résilience est une bonne chose ; c’est la capacité qu’aurait tout personne, potentiellement, à surmonter une épreuve terrible et à aller de l’avant. Pour Boris Cylniuk, « le chemin de l’homme normal n’est pas dépourvu d’épreuves : il se cogne aux cailloux, s’égratigne aux ronces, il hésite aux passages dangereux et, finalement, chemine quand même ! Le chemin du traumatisé, lui, est brisé. Il y a un trou, un effondrement qui mène au précipice. »
La résilience, c’est justement la capacité de chacun à pouvoir éviter ce précipice. Cette capacité serait différente en fonction de notre environnement et de notre personnalité. Le psychanalyste Philippe Bessoles a retenu sept caractéristiques de personnalité susceptibles d’avoir un rôle protecteur face aux évènements difficiles :

-Perspicacité = capacité d’analyse, de repérage, de discrimination
-Indépendance = capacité à être seul, être autonome
-Aptitude aux relations = facteur de socialisation
-Initiative = capacité d’élaboration et de représentation
-Créativité = capacité à créer des formations réactionnelles et substitutives
-Humour = sublimation
-Moralité = capacité à interroger les valeurs
En sus de ces qualités propres à chacun, qui en disposera ou non, il y a également l’environnement qui joue  un rôle prépondérant : la culture, l’éducation scolaire, politique et religieuse, la famille et les amis qui nous entourent et qui pour certains deviennent des « tuteurs de résilience », à savoir des guides de vie – des sortes de « béquilles humaines ».
Le concept de résilience cherche (en théorie) à amener l’individu à abandonner tout déterminisme fataliste. Il voudrait que chaque personne puisse puiser dans ses ressources pour pouvoir dépasser son traumatisme, ce grâce (ou malgré) un environnement de départ favorable ou non, et la présence de façon importante (ou non) des sept caractéristiques énoncées plus haut.
Voila le concept résumé de façon grossière (lisez les bouquins si vous voulez en savoir plus). Maintenant, au vu de ces informations, j’aimerais que vous lisiez l’article suivant et que vous me disiez ce que vous pensez de son application pratique par ce politicien norvégien :
http://lesobservateurs.ch/2016/04/07/norvege-politicien-viole-somalien-soppose-a-lexpulsion-de-agresseur/
Je sais que le titre parle de lui-même, mais lisez quand même. Qu’en retenir ? Pour ma part, je dirais que ce malheureux est le reflet de notre triste époque, tout simplement. Ou plutôt et pour être plus précis, d’une vision du monde prônée par une partie du monde occidental et notamment l’Europe. A savoir : choisir la voie de la conciliation et de la non violence au lieu de la saine colère face à son ennemi, même dans les circonstances les plus tragiques.
La conciliation jusqu’à l’absurde serait-on tentés de dire.
Jusqu’à la mort.
Je sais que la plupart d’entre vous ont déjà compris le lien que je tente d’établir avec la situation actuelle de la France, je ne vais pas revenir dessus j’y ai déjà consacré un post. Simplement, je m’interroge (et vous invite à le faire) sur le bon usage ou non par les êtres humains de cette fameuse résilience. Pour ma part j’ai comme l’impression que la résilience actuelle, notamment chez ce genre d’olibrius, s’apparente plus à de la résignation qu’à de la résilience. Que ce serait l’application stricto sensu de la maxime « mourir pour ses idées ». Littéralement.

La question est, est-il plus sain de pardonner tout et n’importe quoi comme cet homme au motif que l’on pense être investi d’une mission divine (chrétienne?) de morale supérieure et de gentillesse exacerbée, et lutter uniquement avec des mots face aux canons ? Devenir un « modèle de vertu » ? Ou bien est-il plus légitime de transformer ce sentiment initial de colère en une croisade intellectuelle et physique face à l’adversaire afin que ce type de comportements antisociaux ne se reproduise plus ? Quite à rendre coups pour coups ? Quite à parfois être injuste pour le bien commun ?
Pour ma part j’ai choisi ma voie. Et vous ?

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